Comment planter une haie champêtre ?

Publié le mardi 27 octobre 2020 - Mis à jour le mardi 10 novembre 2020

La haie champêtre est un véritable refuge pour de nombreux animaux (insectes, mammifères, oiseaux, mollusques…). Elle fournit des ressources alimentaires (baies, graines…) tout en assurant un rôle pour la nidification de nombreux oiseaux et permet aussi la circulation de la faune sauvage. En un mot, la haie champêtre est un habitat très favorable pour la biodiversité. Les mois de fin novembre à mars sont les meilleurs pour entreprendre une telle plantation !

Découvrez dans cet article tous nos conseils pour planter une haie champêtre. Mais avant toute chose...

...qu’est-ce qu’une haie champêtre exactement ?

Une haie champêtre est composée d’espèces indigènes [1] (par exemple : chêne pédonculé, charme commun, aubépine, sureau noir…) et présente trois étages de végétation : une strate herbacée [2], une strate arbustive et une strate arborescente. Les espèces végétales présentes dans une telle haie sont « adaptées » à la faune sauvage locale, à la différence des végétaux exotiques et/ou d’ornements. Ces dernières ne permettent pas à la faune sauvage d’accomplir la totalité de leur cycle de vie et présentent des caractères envahissants qui est un problème écologique majeur. Par exemple le Buddleia – appelé "arbre à papillons" – dont l’anatomie des fleurs n’est pas adaptée aux papillons Européens : les lépidoptères peuvent s’y coincer la trompe et meurent emprisonnés.

Une haie champêtre dans sa forme la plus « naturelle » est une haie très dense, avec une base assez large pour fournir un gîte sûr. Les arbres et arbustes qui la composent sont de formes et de tailles variées. Les haies jouent également des rôles très importants dans le cycle de l’eau, pour protéger du vent ou encore pour fixer le sol. La haie facilite l’infiltration de l’eau dans le sol et limite son ruissellement en surface. La haie occupe la fonction de « brise-vent » et limite ainsi l’évaporation du sol. Enfin, les racines des arbustes permettent de fixer le sol, évitant les éventuels glissements de terrain et le maintien des talus.

Haie composée de charme commun, chêne, érable plane et laurier sauce © Nicolas Macaire LPO
Haie composée de charme commun, chêne, érable plane et laurier sauce © Nicolas Macaire LPO

Une haie champêtre quel que soit son terrain

Les petits terrains ne laissent pas toujours la possibilité d’avoir une haie digne de ce nom. Néanmoins, il est toujours possible de planter des arbustes de manière moins dense et ce sur une seule rangée. Pour ceux qui ont plus d’espace, vous pouvez entreprendre la plantation d’une haie champêtre sur deux rangs en mélangeant des arbustes et des arbres de différentes tailles. Quels que soient la densité et le nombre de plants de la haie que vous allez planter, les maîtres mots sont « diversité » et « indigènes » : plus les essences [3] sont variées plus la diversité d’animaux sauvages sera grande !

Points importants à prendre en compte avant la plantation :

  • La période de l’année et la météo. La période de plantation la plus favorable, pour les végétaux à racine nues [4], se situe pendant le repos végétatif de la plante, c’est-à-dire entre fin novembre et fin mars. Pour s’en souvenir pensez à Catherine en plantant entre les deux Sainte Catherine (25 novembre et 24 mars). Il est également important de ne pas planter en période de gel, de fort ensoleillement, de vent sec ou quand le sol est gorgé d’eau.
  • Les conditions écologiques du milieu : le climat régional (dans un contexte de hausse des températures) et les caractéristiques du sol. Il est important de prendre en compte ces éléments pour assurer le bon développement et la croissance des végétaux. Vous pouvez repérer les espèces poussant spontanément dans votre région pour vous aider dans votre choix d’espèces et/ou demander conseil auprès d’un pépiniériste.
  • La réglementation. En limite de propriété, vérifiez que vous respectez la réglementation départementale ou communale concernant les distances de plantation de voisinage. Veillez également à vérifier auprès de votre mairie que l’emplacement choisi est compatible avec le PLU [5] et qu’il n’est pas menacé par un projet d’utilité publique.
  • La présence d’espèces d’intérêt écologique. En milieu (semi) naturel, assurez-vous que le site ne présente pas un intérêt botanique que la plantation mettrait en danger : c’est le cas des pelouses calcaires dont la flore originale (orchidées...) se développe sur les terrains à roche quasi-apparente (calcaire ou sable) ou encore les landes à bruyères.
  • Le choix d’un pépiniériste. Nous vous conseillons de vous orienter vers un pépiniériste se trouvant à moins de 100 km autour de chez vous et si possible agréé « Végétal Local », en lui spécifiant en tout état de cause votre souhait de planter des végétaux locaux pour ne pas déséquilibrer l’écosystème.
  • Le nombre de plants et la conception de la haie. Mesurez les longueurs que vous souhaitez planter et calculez le nombre de plants nécessaires pour concevoir votre haie. Pour des haies assez denses constituées d’une seule rangée : les plants peuvent être espacés de 50 à 60 cm. Pour des haies moins denses d’une seule rangée et des haies larges sur deux rangs : les plants peuvent être respectivement espacés de 80 cm ou 1 m et plus. Si vous optez pour une haie composée de deux rangées, les plants seront disposés en quinconce.
  • L’âge et la taille des plants. Il est conseillé de prendre des plants âgés d’un ou deux ans qui mesurent 40 à 60 cm de haut et ont entre 3 et 4 branches. Les racines sont nues pour permettre une meilleure garantie de reprise des pousses et de manière plus vigoureuse.
  • Le délai entre réception et plantation des plants. Si vous ne plantez pas vos végétaux dès réception, il est important de ne pas laisser les racines nues des plants à l’air libre. Le vent et le soleil les dessèchent rapidement. Pour cela, regroupez-les dans un trou et couvrez-les de terre ou bien placez-les dans un local frais en couvrant les racines d’une toile de jute.
    Merle noir (Turdus merula) mâle © Christian Aussaguel
    Merle noir (Turdus merula) mâle © Christian Aussaguel

    Les essences à privilégier

    Nous vous proposons dans le tableau ci-dessous quelques essences à choisir pour votre haie avec notamment des essences plus adaptées au contexte méditerranéen (chaud et sec en été). Vous pouvez choisir au moins 4 ou 5 espèces. N’hésitez pas à demander conseil à votre pépiniériste !

Espèces adaptées à différents types de sols et de climats (grande adaptabilité)Espèces adaptées aux climats chauds et secs (type méditerranéen)
Alisier blanc Sorbus aria Nerprun alaterne Rhamnus alaternus
Alisier torminal Sorbus torminalis Arbousier Arbutus unedo
Aubépine (Epine blanche) Crataegus oxyacantha Baguenaudier Colutea arborescens
Aubépine monogyne Crataegus monogyna Buplèbre Bupleurum fruticosum
Buis Buxus sempervirens Chêne kermès Quercus coccifera
Charme Commun Carpinus Betulus Cornouiller sanguin Cornus sanguinea
Cornouiller mâle Cornus mas Coronille Coronilla glauca
Cornouiller sanguin Cornus sanguinea Filaire à feuilles larges Phillyrea latifolia
Coudrier Corylus avellana Filaire à feuilles étroites Phillyrea angustifolia
Eglantier Rosa canina Laurier sauce Laurus nobilis
Erable champêtre Acer campestre Laurier tin Viburnum tinus
Framboisier Rubus ideaus Myrte commun Myrtus communis
Fusain d’Europe Euonymus europaeus Olivier Olea europaea
Houx commun Ilex aquifolium Pistachier lentisque Pistachia lentiscus
Merisier Prunus avium Pistachier térébinthe Pistachia terebinthus
Noisetier Corylus avellana Sumac des corroyeurs Rhus coriaria
Prunellier (Epine noire) Prunus spinosa Troène commun Ligustrum vulgare
Sureau Noir Sambucus nigra
Troène commun Ligustrum vulgare
Viorne obier Viburnum opulus

Et maintenant, la marche à suivre pour la plantation !

Plantation d’une haie champêtreLe temps nécessaire dépend du nombre de plants mais comptez au minimum une journée
Matériel nécessaire :

  • Pioche
  • Houe
  • Bêche
  • Fourche pour bordure (dents plates)
  • Pelle
  • Petite pelle de jardin
  • Brouette

Etapes de plantation

  1. Préparer le sol
  2. Planter les plants
  3. Pailler
  4. Protéger
  5. « Entretenir »
     
  1. Préparer le sol
    Pour assurer une reprise et une bonne croissance des plants, le sol pourra être « préparé » de la manière qui suit :
    - Commencez par effectuer un désherbage manuel (uniquement !) car il est préférable que la terre soit exempte d’herbes . Ces dernières font en effet « concurrence » aux jeunes plants de votre haie en prélevant des minéraux dans le sol.
    - Effectuez les trous de plantation, à l’aide de la pioche, houe, bêche ainsi que la fourche.
    - Ameublissez la terre en bêchant avec la fourche au fond des trous pour favoriser la pénétration de l’eau en profondeur et pour aérer le sol afin que les racines puissent se développer correctement.
  2. Planter les plants
    Les trous de plantation ne doivent pas être trop étroits pour éviter de compresser les racines. Ils doivent être suffisamment spacieux pour permettre de poser délicatement le plant sans tordre les racines, elles doivent s’étaler et être dans leur position naturelle. De plus, les trous doivent être assez profonds pour que le collet [6] de la plante soit au niveau du sol. Une fois les plants posés méticuleusement dans les trous, comblez-les avec la terre que vous avez mise de côté au moment de creuser, tout en la mélangeant avec le compost de votre jardin. Pour cela, vous pouvez utiliser les pelles. Au moment de combler le trou et de recouvrir le sol, nous vous conseillons de disposer la terre en cuvette autour du pied pour optimiser l’arrosage et éviter le ruissellement. Tassez légèrement [7] la terre et arrosez abondamment. C’est cet arrosage qui permettra à la terre de se mettre en contact avec les racines.
  3. Pailler
    Une fois la haie plantée, le paillage est essentiel pendant les deux à trois premières années pour un développement optimal. Le paillage permet d’éviter la repousse des herbes et conserve l’humidité du sol en évitant l’évaporation.
    Le paillage doit être impérativement naturel [8] et biodégradable : copeaux de bois, paille, paille de lin, feuilles mortes. Attention, au paillage avec de l’écorce et des épines de résineux qui ont tendance à acidifier le sol. Si vous tondez des petites zones de votre terrain (cf. Je laisse des zones naturelles d’herbes hautes et de fleurs sauvages), vous pouvez placer vos résidus de tonte en fine couche directement au pied des arbustes. Une tonte séchée au préalable pourra être placée en couches plus épaisses.
  4. Protéger
    Si votre haie est à la portée des lapins, chevreuils ou lièvres, il sera nécessaire de protéger vos jeunes pieds avec, par exemple, des manchons de protection en papier biodégradable.
  5. "Entretenir"
    Dans la mesure du possible, nous vous conseillons de laisser évoluer vos arbres librement : le mieux est de ne rien faire car toute taille est une agression qui fragilise l’arbre ! Néanmoins une taille est parfois nécessaire, notamment pour les plantations de voisinage [9] ou proches des voiries. Pour cela, la taille devra toujours se faire en dehors de la période de reproduction des oiseaux (qui a lieu d’avril à fin juillet), au risque de perturber ou de détruire les nichées d’oiseaux. Si vous taillez, faites le toujours en hiver, avant la montée de la sève entre novembre et décembre.
    Moineau domestique (Passer domesticus) femelle au bout d'une tige de lierre (Hedera helix)
    Moineau domestique (Passer domesticus) femelle au bout d’une tige de lierre (Hedera helix)

    Dans votre cour ou sur votre balcon…

    Ce tuto est particulièrement destiné aux Refuges pourvus d’un espace vert significatif. Mais si vous n’avez pas d’espace de pleine terre, planter quelques arbustes d’essences locales est néanmoins tout à fait possible pour favoriser la biodiversité. Certaines espèces peuvent être plantées en bacs ou larges pots comme l’arbousier, le laurier noble, le troène, la viorne aubier, le cornouiller… Vous pourrez alors aménager votre cour ou balcon et fournir des ressources alimentaires pour les insectes et les oiseaux ! Si vous ne savez pas quelles espèces choisir n’hésitez pas à demander conseil à un pépiniériste près de chez vous mais gardez toujours à l’esprit que les essences doivent être locales.

A vous de jouer !


[1Les espèces indigènes sont des espèces poussant naturellement dans une zone géographique donnée : elles sont adaptées au milieu et favorisent la venue des espèces animales qui leur sont liées.

[2L’étage herbacé est très important au pied d’une haie : il peut fournir les matériaux pour la construction des nids et abrite également de nombreuses larves d’insectes, notamment des chenilles, pour la nourriture des jeunes oiseaux. De plus, les fleurs sauvages et herbes qui poussent au pied de la haie aide à dissimuler les nichées vis-à-vis des prédateurs. Mais avant tout, cette strate permet à de nombreuses plantes sauvages de croître comme le primevère officinale, les composées (pâquerettes, marguerites), les poacées (herbes graminées), les fougères (Ptéridophytes), champignons, lichens et mousses (Bryophytes).

[3Essence : on parle d’essence pour désigner spécifiquement une espèce d’arbre ou d’arbuste.

[4Les végétaux à racines nues sont sans container, sans pot ni motte, d’où l’appellation de « racines nues ». Leur système racinaire développé assure un meilleur enracinement.

[5PLU ou Plan Local d’Urbanisme est un document qui définit les grandes orientations d’aménagement du territoire et d’utilisation des sols d’une commune ou d’un groupement de commune, dans un projet globale d’urbanisme. Ce document est élaboré dans le respect de trois principes fondamentaux du droit de l’urbanisme : le principe de l’équilibre entre le développement urbain et rural, le principe de diversité des fonctions urbaines et de mixité sociale dans l’habitat et le principe de respect de l’environnement.

[6Le collet d’une plante est la partie de transition entre la tige et les racines, et ne doit pas être trop ou pas assez enterré !

[7Un sol insuffisamment tassé autour des racines peut entrainer un dessèchement des racines en raison des poches d’air présent dans le sol. Néanmoins, il est important de ne pas trop tasser non plus : un sol trop tassé ne contient plus d’air et provoque l’asphyxie des racines, entrainant la mort de la plante !

[8Un paillage naturel permet d’amender naturellement le sol au cours de son processus de dégradation.

[9Une haie plantée à 50 cm de la limite contigüe avec le terrain du voisin ne doit pas dépasser 2 mètres de haut.