A-M. Ducroux et R. Sordello sur le thème de la pollution lumineuse

La pollution lumineuse affecte la santé humaine mais aussi la biodiversité (jusqu’aux poissons !). Que ce soit l’éclairage public, les vitrines ou les enseignes, les villes peinent à réduire significativement la pollution lumineuse. Et c’est même le contraire selon Anne-Marie Ducroux, présidente de l’ANCPEN [1], qui milite depuis 20 ans pour retrouver l’obscurité.

Chaque soir, 11 millions de lampadaires et 3,5 millions d’enseignes lumineuses s’allument. Ainsi, l’éclairage nocturne a augmenté de 94 % en 20 ans... Il s’agit la plupart du temps de lampadaires à la lumière trop blanche qui ne sont pas dirigés vers le bas, mais aussi de nombreuses enseignes lumineuses publicitaires et des vitrines de magasins. Les LED utilisées, également à la lumière blanche, sont très puissantes.

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A la découverte de la Trame noire

La pollution lumineuse perturbe profondément la faune et la flore sauvages. Elle affecte plus spécialement les espèces nocturnes en fragmentant leurs habitats naturels.
Selon Romain Sordello, chef de projet à l’OFB [2] près de 30 % des espèces de vertébrés (oiseaux, mammifères, amphibiens…) vivent la nuit, et cela peut monter jusqu’à 65 % chez les invertébrés comme les papillons nocturnes. Pour la flore aussi, l’alternance du jour et de la nuit est indispensable à leur métabolisme.
Mais l’Homme, "animal" diurne, produit de la lumière artificielle la nuit pour prolonger son activité. Cette pollution lumineuse, partout présente sur Terre, a un impact sur la biodiversité. La pollution lumineuse est même croissante en Europe.
En réponse à ce problème, se met en place un nouveau concept appelé « Trame noire ». Il s’agit de restaurer sur le modèle des Trames vertes et bleues (TVB), les réseaux écologiques ainsi fragmentés. La pollution lumineuse a en effet un pouvoir fragmentant sur les habitats des espèces animales et végétales. Le cas le plus concret est celui des papillons nocturnes (hétérocères) dont les déplacements sont stoppés par les lumières artificielles des lampadaires qui les attirent. D’autres espèces au contraire fuient la lumière, le phénomène est en cours d’étude mais selon les scientifiques celui-ci aurait pour but d’éviter la prédation.
Quelques projets novateurs de « Trame noire » émergent aujourd’hui, où l’objectif est de maintenir l’obscurité sur une continuité d’habitats, notamment dans le Parc National des Pyrénées, ou bien encore sur la Métropole Européenne de Lille.

Pour en savoir plus > VOIR la vidéo et l’interview de Romain Sordello.


[1ANCPEN : Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturnes – ancpen.fr - La LPO est partenaire de l’ANPCEN.

[2OFB : Office Français pour la Biodiversité, établissement public de l’état dédié à la protection et la restauration de la biodiversité en métropole et dans les Outre-mer.