Refuge LPO Le Coupoy dans le Cher

Refuge LPO Le Coupoy photo © Maurice Angers
C’est en mars 2000 que Maurice Angers, propriétaire de 3,8 ha de terrain à Menetou Couture dans le Cher (18), décide de s’engager dans la démarche Refuge LPO. En 20 ans, les nombreuses plantations d’arbustes ont contribué au boisement du Refuge et aujourd’hui de nombreux aménagements sont bénéfiques à la faune et à la flore sauvages.

Quel était le projet au début du Refuge LPO "Le Coupoy" ?

L’idée initiale était de créer un Refuge de biodiversité sur 3,8 ha pour tout le vivant, en préservant les chaînes trophiques [1], c’est à dire les chaînes alimentaires naturelles : du producteur primaire [2] à l’herbivore, puis des herbivores aux carnivores. C’est un terrain situé en Région Centre, entouré de forêts, de pâturages, d’étangs et de mares mais aussi de cultures de céréales et de tournesol.

Concernant ce terrain, quelle est l’importance des plantations d’arbustes et quelles sont les essences choisies ?

Nous avons planté 372 arbres en vingt ans dont, des noyers, des ormes, aubépines, prunelliers, charmes, vignes sauvages, érables, bouleaux, saules, peupliers, épicéas, sapins, marronniers d’Inde, tilleuls, tamaris, robiniers faux acacia, divers fruitiers : pommiers, poiriers, cerisiers, merisiers, pruniers, noisetiers, figuiers, amandiers, pêchers, plaqueminiers, amélanchiers, chèvrefeuilles, fusains d’Europe, cornouillers... Nous trouvons aussi du lierre aux clôtures et sur les murs d’habitation, tilleuls, ronciers, lavandes, romarins, lauriers sauce et quelques arbustes d’ornement (lilas, seringa, cognassier).

Au dernier comptage nous avions estimé avoir planté nous-mêmes près de trois cents arbres… en vingt ans. Dans quelques jours nous allons encore en planter une quinzaine. Notez que nous avons bénéficié de l’aide des geais des chênes qui ont naturellement contribué à planter de nombreux chênes.

Quelques vieux arbres © Maurice Angers
Quelques vieux arbres © Maurice Angers
Première vue de l'espace boisé © Maurice Angers
Première vue de l’espace boisé © Maurice Angers

Quels sont les principaux aménagements bénéfiques à la faune et la flore sauvages dans ce jardin ?

Le terrain est laissé au naturel avec des allées de 1,8 m de large tondues seulement tous les 25 mètres environ et une allée principale transversale de 2,5 m de large, pour l’acheminement du bois de chauffage hivernal. Nous disposons également d’un tas de bois, d’un tas de pierres, de briques et tessons constituants des terriers et gîtes naturels pour les lézards des murailles, les lézards à deux raies, pour les blaireaux et les renards roux. A côté de cela nous avons mis en place pas moins de 25 nichoirs pour les oiseaux, 5 gîtes pour les chauves-souris, 5 gîtes à hérissons d’Europe et 3 gîtes pour les couleuvres d’Esculape et couleuvres à collier ! L’hiver nous apportons des graines de tournesol aux oiseaux et des pains de graisse.

Un muret de pierres sèches : véritables gîtes naturels pour les reptiles (lézards et serpents) et les insectes © Maurice Angers
Un muret de pierres sèches : véritables gîtes naturels pour les reptiles (lézards et serpents) et les insectes © Maurice Angers

Quel geste simple aimeriez-vous partager ?

Pour nous la nature est prioritaire et nous suivons son rythme au fil des saisons. Nous n’avons jamais utilisé de traitement ni d’engrais et l’arrosage du potager se fait grâce au vieux puits avec en supplément un paillis de tonte ! Notre jardin est paillé toute l’année, été comme hiver et le sol ne voit jamais le soleil, comme la litière en forêt.

Avez-vous relevé une augmentation de la biodiversité, de nouvelles espèces animales et végétales apparues sur ce terrain ?

Avec la création d’une mare naturelle, nous avons eu la multiplication des grenouilles et des crapauds mais aussi des salamandres, dytiques et nèpes (des insectes coléoptères aquatiques), tritons palmés, couleuvres, canards colvert, des ragondins et des chevreuils.

Nous pouvons également observer des belettes, des martres, des fouines, des écureuils roux, loirs, lérots. Les chauves-souris ne sont pas en reste et nous avons des pipistrelles, des oreillards et des barbastelles chassant à l’affût au dessus de la mare, suspendues aux branches ! Nous n’avons pratiquement pas de moustiques grâce à elles !

Accès aux combles pour les chauves-souris © Maurice Angers
Accès aux combles pour les chauves-souris © Maurice Angers

Et bien sûr nous avons de nombreuses espèces d’oiseaux comme le martin-pêcheur d’Europe, des hérons cendrés et pourprés et même la grande aigrette ! Les passereaux sont nombreux (diverses mésanges, sittelle torchepot, pics), par contre nous avons noté la disparition du torcol fourmilier, du balbuzard pêcheur, du grèbe huppé, des hirondelles rustiques (malgré la pose de nids), des martinets et de la pie-grièche écorcheur : cela traduit sans doute la tendance actuelle de disparition des oiseaux des plaines.
Au niveau des plantes nous avons une profusion depuis deux ans d’orchidées sauvages, orchis bouc et ophrys abeille notamment.

Faites-vous connaître ce terrain et votre démarche autour de vous ?

Oui tout à fait, nous organisons des visites gratuites toute l’année sur rendez-vous ; des visites durant environ 1h30.

Pouvez-vous nous partager une anecdote liée à ce terrain ?

Un jour, malgré la distance, des amoureux des animaux parfaitement inconnus nous ont contactés et sont venus spécialement de Clermont-Ferrand pour venir relâcher sur notre site un lièvre adulte, qui avait été recueilli petit en centre de soins et qui devait retrouver l’état sauvage. Bien entendu nous avons accepté et ce lièvre court toujours aujourd’hui !

Que diriez-vous aux autres propriétaires de Refuges pour conclure ?

De persévérer : la nature ne demande qu’à revenir et à être protégée ! Sachons lui offrir un espace, comme nous le faisons ici au Refuge LPO du Coupoy.

Retrouvez le Refuge biodiversité Le Coupoy sur Facebook


[1Une chaîne trophique correspond à une chaîne alimentaire dont chaque flèche signifie « est mangé par ». Plus un organisme est bas dans une chaîne, plus sa productivité est élevée et plus son coût en énergie est faible.

[2Un producteur primaire correspond, dans un écosystème, à un être vivant autotrophe, c’est-à-dire capable de produire sa propre matière organique à partir de matière minérale. Il se trouve tout en bas de la chaîne alimentaire. Il s’agit des plantes notamment.