Le Refuge LPO d’Elisabeth Rivière dans le Rhône

Administratrice de la LPO, Élisabeth Rivière a été présidente de la LPO Rhône de 2010 à 2018. Aujourd’hui, elle milite activement pour sensibiliser le grand public à la protection de la biodiversité. Ce qui, sur le terrain, s’illustre concrètement par la création de refuges, dans les jardins de particuliers ou des espaces préservés au sein de collectivités ou d’entreprises.

Qu’est-ce qui vous a poussée à adhérer à la LPO ?
Élisabeth Rivière : J’ai toujours été sensibilisée à la protection de l’environnement, m’attachant particulièrement au tri des déchets et aux problèmes liés à la pollution. La flore et, plus particulièrement, la faune sauvages font naturellement partie de ces domaines. Habitant avec mon époux, lui-même naturaliste, dans la métropole lyonnaise, j’ai adhérée à titre personnel à la LPO en 1995, puis je me suis investie activement dans l’association Cora (Centre ornithologique Rhône-Alpes) qui a intégré, en 2010, la LPO sous l’étiquette LPO Rhône, dont j’ai assuré la présidence jusqu’en 2018.

Dans le jardin des Rivière, les herbes hautes ont leur place © Philippe Rivière
Dans le jardin des Rivière, les herbes hautes ont leur place © Philippe Rivière

Cette année, la LPO fête les 100 ans de ses refuges. En quoi cela consiste-t-il ?
É. R. Il faut tout d’abord distinguer le réseau des Refuges LPO de l’association elle-même. La LPO a fêté son centenaire en 2012. En 2021, nous célébrons celui de la création des Refuges LPO. Tout a commencé il y a 100 ans, en 1921, à l’initiative d’Adrien Legros (1864-1932), délégué LPO à Valenciennes (59) et passionné par les oiseaux, qui introduit le concept des refuges dans le but de préserver les espèces de nos campagnes. Le premier site – le Refuge de la Cabine, du nom d’une maison forestière – voit le jour dans la forêt de Mormal (59), dans les Hauts de France, ravagée par les obus de la Première Guerre mondiale. Grace à un généreux donateur américain de la Permanent Wild Life Protection Fund (fonds de protection de la nature), la maison forestière est restaurée. Celle-ci a disparu depuis, mais le site existe toujours et marque le début de ce qui est devenu, aujourd’hui, le premier réseau de jardins écologiques de France.

Contrôle d'un nichoir en 1924 © Adrien Legros - LPO
Contrôle d’un nichoir en 1924 © Adrien Legros - LPO

C’est donc le point de départ d’une grande aventure…
É. R. Oui, Adrien Legros fut un précurseur en la matière, car il avait pris conscience des menaces qui planaient sur les oiseaux. Il considérait que s’il n’y avait pas d’oiseaux, les cultures agricoles en pâtiraient. Depuis un siècle, l’essor des refuges est intimement lié à la prise de conscience progressive par le grand public de la détérioration de notre environnement.

Les débuts ont pourtant été difficiles, car les défenseurs des oiseaux se sont trouvés confrontés aux chasseurs…
É. R. C’est vrai. Les implantations, lors des premières décennies qui ont suivi la création des Refuges, ont été modestes. Pour bien comprendre, il faut se replacer dans le contexte de l’époque et savoir que le droit de chasse était lié au droit de la propriété depuis la Révolution française. En 1964, la loi Verdeille a davantage conforté les chasseurs en les autorisant à chasser sur les terrains d’autrui de moins de 20 ha, même sans son consentement. Vous imaginez bien que cela ne va pas dans le sens de la préservation de la faune sauvage, et encore moins de celle des oiseaux ! Mais, dès 1990, plus de 150 parlementaires se sont mobilisés pour obtenir, en 2000, la modification de cette loi. Désormais, les propriétaires particuliers peuvent soustraire leurs terrains des espaces chassés et faire reconnaître le droit de non chasse. Ils peuvent, pour cela, se faire accompagner par des associations comme la LPO ou l’ASPAS (Association pour la protection des animaux sauvages). À ce titre, il leur est également possible de créer un refuge ASPAS et, ainsi, de préserver des havres de paix pour la faune sauvage, la flore et les milieux naturels.

Aujourd’hui, combien existe t-il de refuges LPO ?
É. R. Actuellement, on dénombre près de 40 000 refuges, dont 35 000 sont installés chez les particuliers. Sur ce nombre, près de 35 000 le sont dans des jardins pour lesquels il n’y pas de surface minimale. Tout le monde peut donc créer un refuge et s’engager ainsi, à son échelle, pour protéger la biodiversité. Depuis 2010, nous avons étendu les refuges aux balcons et aux terrasses afin de répondre aux citadins désireux d’accueillir la faune urbaine – les oiseaux, bien entendu, mais aussi les chauves-souris, les insectes…

Oui, car on pourrait penser que, comme son nom l’indique, la LPO ne s’intéresse
qu’aux oiseaux !

É. R. Pas du tout ! C’est tout un ensemble, et les statuts de la LPO englobent tout ce qui est vivant : les oiseaux, bien sûr, qui sont d’ailleurs emblématiques de notre logo, mais aussi les mammifères, les insectes, les batraciens… Bref, tous les organismes vivants qui participent à la biodiversité.

Ecureuil roux (Sciurus vulgaris) et panneau Refuge LPO dans le jardin d'Elisabeth Rivière © Philippe Rivière
Ecureuil roux (Sciurus vulgaris) et panneau Refuge LPO dans le jardin d’Elisabeth Rivière © Philippe Rivière

En 2001, la LPO a signé des conventions avec les collectivités locales…
É. R. Effectivement. Nous parlions à l’instant des villes, où se trouvent, en plus des jardins, des balcons et des terrasses de particuliers, de nombreux espaces verts, parcs et jardins publics qui couvrent d’importantes surfaces. C’est ainsi qu’à partir de 2001, nous avons signé des conventions avec les collectivités locales puis, en 2009, avec les établissements (scolaires, de santé, maisons de retraite…) afin d’étendre plus encore le réseau. Aujourd’hui, ce sont près de 3 800 établissements publics et privés et 550 collectivités qui nous ont rejoints.

Qu’en est-il des entreprises ?
É.R. Nous ne les oublions pas, puisqu’à l’heure actuelle, nous accompagnons plus de 250 d’entre elles, soucieuses de contribuer au développement durable et de répondre à leurs ambitions et orientations stratégiques en matière de responsabilité environnementale. Ce qui porte la surface préservée par le réseau des Refuges LPO à plus de 50 000 ha !

Cela paraît beaucoup à l’échelle d’un jardin de particulier, mais à l’échelle de la France, c’est assez peu…
É. R. Assurément. Comme vous le mentionnez, il y a encore un énorme potentiel ! D’ailleurs, l’un des enjeux des années à venir est d’étendre nos actions à l’agriculture, qui doit jouer un rôle majeur dans l’équilibre des écosystèmes de la planète. En effet, les pratiques agricoles intensives et celles qui utilisent des produits chimiques toxiques pour le vivant sont en grande partie responsables du déclin des espèces de nos campagnes au cours de ces dernières décennies. Avec notre programme Des terres et des ailes et l’association Paysans de nature, nous développons des partenariats avec des agriculteurs et sommes porteurs de projets visant à restaurer la biodiversité dans nos campagnes. Il s’agit d’un défi majeur. Rendez-vous compte du chemin parcouru depuis 1921 ! Parti d’une maison forestière, le réseau a été patiemment tissé, depuis un siècle, par l’association, qui a réussi à fédérer des passionnés dont l’expertise couvre désormais tout le territoire ! Sur le terrain, nous pouvons être fiers des nombreux bénévoles – des coordinateurs de refuge aux animateurs et encadrants d’activités – qui relaient et partagent le savoir-faire de l’association. Et, bien entendu, notre porte est toujours ouverte.

Justement, si je suis propriétaire d’un jardin ou d’un balcon et que je souhaite participer à la sauvegarde de la biodiversité, comment procéder ?
É. R. C’est très simple : il suffit de vous inscrire sur le site internet LPO.fr. Cela vous permet d’intégrer immédiatement la communauté des Refuges LPO. Moyennant une participation de 35 €, vous recevrez un kit de bienvenue contenant un nichoir, ainsi que des livrets pédagogiques sur la faune et la flore vous permettant de créer, dans votre jardin, des biotopes accueillant la faune sauvage. Puis, tous les mois, vous recevrez L’Écho Refuges LPO (abonnement de 15€ à renouveler ensuite chaque année), la newsletter qui vous tient informé des activités de l’association et vous apporte des conseils actualisés, ainsi qu’un accès réservé sur le site dédié aux Refuges. À l’entrée de votre jardin, vous apposerez le panneau “Ici nous protégeons la nature” qui vous permettra de faire connaître votre Refuge LPO.

Et si je ne suis pas sûr que mon installation convienne, ou que j’ai peur de mal faire avec les oiseaux ?
É. R. Pas d’inquiétude, cette communauté n’est pas que virtuelle ! L’inscription dans le réseau marque le point de départ d’un contrat de confiance entre vous et les refuges. Mais ce sont des hommes et des femmes qui animent ce réseau et accompagnent son développement. Dans chaque région, il y a des coordinateurs et des référents qui, passionnés, sont prêts à vous accompagner, vous conseiller et vous guider pour créer et faire évoluer votre refuge. Car, précisons-le, celui-ci ne se limite pas à la seule installation d’un nichoir ! Il s’agit de créer, au fil des années, de multiples biotopes qui métamorphoseront votre jardin en espace naturel, chaînon supplémentaire de ce vaste maillage de nature préservée qui fait de ce réseau le
premier réseau de jardins écologiques de France.

Interview réalisée par le magazine Rustica - septembre 2021.