Je limite les pollutions lumineuses et sonores pour respecter la faune et la flore sauvages

Vue nocturne de Paris © Pixabay

De nos jours, il est malheureusement très difficile d’observer la magnifique Voie lactée à l’œil nu dans le ciel nocturne en ville où bon nombre d’étoiles ne sont plus visibles. L’éclairage artificiel en est la cause : chaque soir en France, ce sont onze millions de lampadaires qui « masquent » le ciel étoilé.
De même, le trafic routier et aérien, les travaux urbains contribuent au « bourdonnement » sonore des villes. Ce bruit de fond perpétuel dû à l’activité humaine efface les sons de la nature : le cri des chouettes, les stridulations des insectes, le son des feuilles agitées par la brise ne sont même plus perceptibles. Les pollutions lumineuses et sonores sont aujourd’hui omniprésentes dans notre environnement et les espaces vierges qui en sont préservés sur la planète deviennent très rares.
Nous n’avons pas toujours conscience de ces perturbations, anodines à première vue, mais qui sont pourtant les causes de sérieuses perturbations pour la faune et de la flore sauvages. Nous exposons ici les principales causes de dérangement que sont les pollutions lumineuses et sonores et comment nous pouvons les limiter au mieux.

La pollution lumineuse

La pollution lumineuse désigne la présence anormale et gênante de lumière artificielle pendant la nuit. Cette lumière artificielle, d’origine humaine, peut provenir d’une ville et de ses enseignes lumineuses, d’un phare en bord de mer, de lampadaires publics dans un parc urbain ou encore d’une lanterne de jardin. Les perturbations dues à la lumière artificielle se situent à différentes échelles mais quoi qu’il en soit, elles perturbent les cycles biologiques des espèces et notamment le cycle naturel jour/nuit des plantes et des animaux.

La lumière des phares perturbent la migration des oiseaux © Pixabay
La lumière des phares perturbent la migration des oiseaux © Pixabay

Les oiseaux migrateurs
La diffusion dans l’espace de la lumière des villes perturbe les oiseaux migrateurs nocturnes (soit environ 2/3 des espèces européennes) qui se fient entre autres à la géographie du sol, au reflet des cours d’eau, des lacs mais aussi à la position des étoiles. Lorsque le ciel est caché par les nuages, les oiseaux volent bas et peuvent être déviés de leur trajectoire par les lumières artificielles qui les désorientent. Cela rallonge leur voyage et les épuise, voire, dans le pire des cas, les tue par exemple en percutant des immeubles éclairés, ou bien les phares en bord de mer.

Les oiseaux des villes
La pollution lumineuse dérègle l’horloge biologique de nombreuses espèces sauvages, notamment celle des oiseaux, en influant sur leurs cycles hormonaux ou nerveux. En effet, un manque de mélatonine (qui n’est produite par le cerveau que dans l’obscurité) peut entraîner des perturbations du sommeil et de la reproduction. Le cycle naturel de l’alternance du jour et de la nuit, appelé rythme nycthéméral, est pourtant nécessaire aux êtres vivants. Ainsi, des études ont montré combien les oiseaux des villes confondent l’aube avec nos lumières artificielles et chantent trop tôt le matin, modifiant là aussi, leur cycle de reproduction comme le merle noir, le rougegorge familier qui se mettent à chanter en pleine nuit.

Chez les crapauds, les insectes…
L’éclairage nocturne est source de danger et de stress pour les insectes et plus largement la faune et la flore. Les luminaires attirent les insectes nocturnes, comme les papillons de nuit. Les mâles tournent autour de la lampe allumée pendant des heures et pendant ce temps ne fécondent pas les femelles. Les insectes prisonniers des lampadaires sont autant de ressources alimentaires en moins pour les espèces insectivores telles que les chauves-souris. Les chauves-souris ou le crapaud commun sont à leur tour des proies plus faciles pour leurs prédateurs naturels car elles deviennent plus visibles à cause de ces éclairages.

Chez les mammifères
Beaucoup d’animaux ont aujourd’hui une activité nocturne en raison des dérangements humains. Ainsi, plusieurs espèces fuient les éclairages excessifs, ce qui a un effet similaire à la destruction ou au morcellement des habitats : la multiplication des points lumineux peut engendrer de véritables « barrières », qui à l’image de nos routes ou de nos murs, fragmentent les habitats naturels. Ainsi, les routes éclairées par exemple, participent à double titre au morcellement du paysage et des habitats naturels. De nombreux animaux, évitent de fréquenter les zones éclairées ce qui réduit leurs milieux et par conséquent les disponibilités en nourriture. Inspiré de la notion de trame verte [1] (voir le geste « Je favorise la circulation de la faune sauvage »), on évoque maintenant de plus en plus la notion de « trame Noire » [2], absolument essentielle, pour le respect des continuités biologiques « nocturnes ».

Chauve-souris en chasse nocturne © RSPB images
Chauve-souris en chasse nocturne © RSPB images

Chez les plantes
Pour les plantes, comme pour les animaux, l’alternance du jour et de la nuit est vitale. Toute modification de la lumière naturelle par une source lumineuse artificielle peut avoir des conséquences sur leur croissance, leurs cycles biologiques, voire entraîner une réduction de la diversité des espèces végétales. Des effets directs ou indirects peuvent être observés sur la flore avec notamment des dérèglements des périodes de floraison ou des cycles de croissance. On remarque aussi la baisse du nombre de visites de pollinisateurs nocturnes et à terme, la baisse du succès reproducteur des plantes.

Le cycle jour/nuit des plantes est essentiel dans leur cycle biologique, ici un pissenlit © Pixabay
Le cycle jour/nuit des plantes est essentiel dans leur cycle biologique, ici un pissenlit © Pixabay
Quelques chiffres à retenir :
• Selon l’ANPCEN (Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes), on compte aujourd’hui 11 millions de points lumineux en France, pour l’éclairage public (ANPCEN 2015). Ils ont progressé de 89% de 1992 à 2012. Il faut ajouter les très nombreuses enseignes et affichages lumineux, les sites privés éclairés : entrepôts, chantiers, parkings, les éclairages de bâtiments et façades, etc… Toutes concourent à la pollution lumineuse qui a de nombreuses conséquences (vision, sommeil, santé, énergie, budgets publics, astronomie….) et de nombreux impacts sur la biodiversité.
• Selon l’ADEME (Agence de la transition écologique), l’éclairage public en France représente 41 % des consommations d’électricité des collectivités territoriales et 37 % de leur facture d’électricité.

La pollution sonore

Les bruits sonores de travaux, machines, trafic routier ou aérien, ont aussi un impact sur la faune. En effet, ces sons « anormaux » pour la faune leur génèrent un stress inhabituel. Il a été montré que certains animaux voient une élévation du niveau de corticostérone [3] dû à une exposition à du bruit de trafic routier.

Chez les oiseaux des villes
En ville, où le fond sonore est constant en raison de la circulation routière ou encore des travaux urbains, les oiseaux mâles sont contraints de chanter plus fort, ce qui modifie leur mélodie et les rend moins « désirables » par les femelles. Cela impacte directement la reproduction des espèces. Pendant le confinement du printemps 2020, le bruit des villes a été considérablement réduit, entraînant alors une conséquence directe : les oiseaux ont pu chanter moins fort mais mieux, maximisant les chances de trouver plus facilement un partenaire ! La forte baisse d’activité humaine en ville a permis à la nature de réinvestir beaucoup de lieux qui étaient désertés, loin des perturbations quotidiennes.

Chez les mammifères, les oiseaux et autres petits animaux
Il est bien connu que les bruits parasites des voitures, des tondeuses, des tailles-haies provoquent un stress immédiat et la fuite des hôtes des parcs et jardins : écureuils roux, renards roux, petits mammifères, oiseaux, amphibiens et reptiles se cachent à l’écoute des sons perturbateurs. Certains pisciculteurs ont depuis longtemps compris qu’avec des canons à gaz ils pouvaient faire fuir les grands cormorans et autres oiseaux piscivores de leurs étangs. Ces canons effaroucheurs sont parfois utilisés dans les campagnes pour dissuader les espèces de nicher dans un rayon de plusieurs centaines de mètres par ailleurs. Cela peut avoir un impact majeur sur les espèces rurales comme l’alouette des champs déjà en forte diminution.

Le renard roux (Vulpes vulpes), mammifère diurne à l'origine est devenu nocturne en raison des perturbations humaines © Pixabay
Le renard roux (Vulpes vulpes), mammifère diurne à l’origine est devenu nocturne en raison des perturbations humaines © Pixabay

Chez les amphibiens
La pollution sonore a aussi été constatée sur les chœurs de rainettes. Chaque passage d’avion interrompt les chants collectifs. Les conséquences de ces perturbations répétées plusieurs dizaines de fois par heure restent cependant à étudier.

Et même pour la faune marine…
La faune sauvage marine est elle aussi touchée : le bruit sous l’eau, notamment celui généré par les bateaux à moteur, diminuerait les capacités auditives des poissons et augmenterait leur stress. La communication par écholocation des mammifères marins (baleines et dauphins) est également perturbée.

Les solutions à mettre en place

Pour préserver la biodiversité des pollutions lumineuses et sonores, il est important que votre Refuge puisse être un lieu de quiétude. Si vous le pouvez, pensez à éteindre toute lumière extérieure quand vous n’êtes plus dehors. Parfois il n’est pas possible de se passer de lumière, mais vous pouvez jouer sur son intensité en modulant avec un variateur la puissance de l’éclairage. Plus il est bas, mieux c’est. Les éclairages de type « boule » qui projettent la lumière vers le ciel sont vraiment un problème et sont à bannir ! Choisissez plutôt des luminaires orientés vers le bas avec un spectre orangé pour gêner le moins possibles les insectes, les animaux et la flore. De même, il est préférable d’éviter les ampoules nues, celles qui consomment beaucoup d’électricité ainsi que les luminaires (type lanterne ou photophore) qui piègent les insectes. Il est important de ne pas orienter non plus les lampes vers les zones « naturelles » comme les arbres, les mares, les fourrés. Aujourd’hui les ampoules au sodium et au mercure [4], très énergivores et perturbant les insectes nocturnes sont interdites à l’utilisation.
Concernant les LED, certes moins énergivores, un avis de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) montre une phototoxicité supérieure des lumières blanches donc à forte composante de bleu, comme le sont celles de la majorité des LED actuels. Un éclairage dont la proportion de lumière bleue est trop importante peut être nocif pour de nombreuses espèces. Elle modifie la régulation de l’horloge biologique en retardant par exemple la production hormonale et en maintenant l’éveil. De plus, elle se diffuse davantage dans l’atmosphère et les milieux. Il vaut mieux en conséquence diversifier les choix d’éclairages et, si nécessaire, n’utiliser que des LED « ambrés » (2700K).
Evitez également d’éclairer les points d’eau qui attirent les animaux, les aveuglent et peuvent s’y noyer comme par exemple les chouettes (chevêche d’Athena, effraie des clochers). En tant que particuliers, vous pouvez inciter votre commune à rentrer dans une démarche de progrès sur ces questions en les informant du label Villes et Villages étoilés de France mis en place pour l’ANPCEN*.

L'effraie des clochers (Tyto alba) peut parfois se noyer la nuit dans les bassins où l'eau reflète © Google images
L’effraie des clochers (Tyto alba) peut parfois se noyer la nuit dans les bassins où l’eau reflète © Google images

Concernant les nuisances sonores, un simple conseil est d’éviter tous bruits importants pendant le printemps et l’été, pendant la période de nidification, et de manière générale d’être vigilants au bruit qu’on fait toute l’année. Le réflexe à adopter, lors d’une activité bruyante, est de prendre en compte non seulement le dérangement que l’on pourrait causer au voisinage mais aussi à l’ensemble des êtres vivants présents autour de nous. Même si c’est bien entendu la pollution sonore à grande échelle, à l’échelle d’une ville par exemple, qui est la plus impactante, chaque petit geste compte pour éviter les perturbations à l’échelle du jardin qui sont trop souvent les dernières zones de quiétude sur les territoires. Vous pouvez aussi inciter votre commune à travailler sur ces problématiques. Chaque petit geste compte ! Plutôt que d’utiliser des outils à moteur électrique ou à essence, pourquoi ne pas opter pour des outils manuels moins bruyants quand cela est possible ?

Pour conclure

Chez nous, les êtres humains, l’alternance du jour et de la nuit est le premier repère de l’horloge biologique interne. Une perturbation de l’alternance naturelle entre lumière et obscurité entraîne donc du stress, la diminution de la qualité du sommeil, de la fatigue, … Il est facile de se rendre compte à l’issue d’un voyage à quel point nous sommes perturbés par le décalage horaire.
C’est la même chose pour les bruits parasites et chacun sait très bien l’influence qu’ils ont sur notre état nerveux et de fatigue. Les personnes qui ont besoin de repos se mettent au calme, jamais dans le bruit ! Mieux comprendre l’impact des pollutions lumineuses et sonores sur la biodiversité, c’est aussi l’occasion de se rappeler que nous en sommes les premiers impactés. Nous aussi, sommes un maillon du vivant à l’instar des autres espèces. C’est une question de respect d’abord avec nous-mêmes, pour nos voisins et pour toute la vie sauvage qui nous entoure. Comme nous le faisons de mieux en mieux pour le tri des déchets, chacun peut agir pour pérenniser un environnement plus agréable et durable, exempt de bruits et de lumières parasites.

Pour en savoir plus :
Fiche LPO médiation faune sauvage – Pollution lumineuse (PDF téléchargeable)
PDF - 222 ko
ANPCEN : Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes – anpcen.fr - L’ANPCEN, partenaire de la LPO, milite depuis plus de 20 ans auprès du public, des élus, des entreprises... pour améliorer la nuit et la qualité de l’environnement nocturne. Une des actions phare est la mise en place du label Villes et villages étoilés de France qui valorise les actions menées par les communes et les territoires pour assurer une meilleure qualité de la nuit et de l’environnement nocturne.
ADEME : Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie – ademe.fr


[1La Trame verte (et bleue) - TVB - est un réseau formé de continuités écologiques terrestres et aquatiques identifiées par les schémas régionaux de cohérence écologique ainsi que par les documents de planification de l’Etat, des collectivités territoriales et de leurs groupements. La Trame verte et bleue contribue à l’amélioration de l’état de conservation des habitats naturels et des espèces et au bon état écologique des masses d’eau. Elle s’applique à l’ensemble du territoire national à l’exception du milieu marin.

[2La Trame noire : La pollution lumineuse a été prise en compte dans les orientations nationales TVB - un document-cadre approuvé en 2014, élaboré à partir des travaux du Comité opérationnel TVB mis en place lors du Grenelle 2007. Le terme de « trame noire » émerge alors et intègre un nouveau facteur : le niveau d’obscurité de ces milieux naturels. Jusqu’ici la « trame noire » - ou trame obscure - n’est pas officiellement reconnue par les autorités : elle émerge des territoires, des espaces naturel tels que les Parcs Naturels Régionaux, ou des collectivités locales.

[3Hormone sécrétée en cas de stress.

[4Depuis le 13 avril 2015, l’interdiction de mise sur le marché des lampes énergivores est en vigueur. En application de la directive européenne 2009, les lampes à vapeur de mercure énergivore et certaines lampes sodium haute pression sont désormais interdites.