Je favorise l’accès aux ressources alimentaires naturelles pour la faune sauvage

Crédit photo : merle noir - Pixabay
Dans un environnement naturel peu touché par l’Homme, les différents êtres vivants subsistent grâce aux ressources alimentaires qu’ils trouvent dans leur environnement. Ces ressources alimentaires peuvent être végétales ou bien animales. Ainsi, de nombreuses interactions ont lieu entre les différents êtres vivants : on parle de chaînes alimentaires [1].

Dans un milieu modifié par l’homme comme dans les zones urbanisées, les milieux sont fragmentés et les ressources alimentaires peuvent être considérablement amoindries. Les chaînes alimentaires sont donc perturbées voire, dans certains cas, complètement rompues.
Il est alors essentiel de préserver ou restaurer l’accès aux ressources alimentaires naturelles pour la faune sauvage : fleurs sauvages, arbres fruitiers, arbres morts, etc., sont autant d’éléments nourriciers pour les insectes, les oiseaux, les mammifères... En complément, disposer quelques mangeoires pendant l’hiver, à l’apparition des premiers gros coups de froid, est une aide supplémentaire pour les oiseaux pendant une période où les ressources alimentaires sont peu accessibles.

Laissez pousser les plantes spontanées et diversifiez les strates végétales

Les ressources alimentaires les plus adaptées à la faune sauvage sont tout d’abord tout ce qui pousse naturellement et spontanément : herbes hautes et fleurs sauvages fournissent pollen et nectar à de nombreux insectes.
Les végétaux herbacés, buissons, arbustes et arbres abritent une diversité de faune et flore insoupçonnée, constituant tous autant de ressources alimentaires.
Les arbustes et arbres indigènes, adaptés à la faune sauvage, permettent à certains insectes de se nourrir du bois (appelés insectes xylophages), d’autres de se nourrir directement de la matière végétale (insectes phytophages). Les oiseaux peuvent alors se nourrir de ces derniers ou encore consommer les graines, baies ou fruits fournis par les plantes.

Fruits du fusain d'Europe (Euonymus europaeus) bénéfiques aux oiseaux © Pixabay
Fruits du fusain d’Europe (Euonymus europaeus) bénéfiques aux oiseaux © Pixabay

Une ressource alimentaire non négligeable : le bois mort

Le bois mort, malgré sa désignation, regorge de vie et offre une ressource alimentaire : certains insectes ne consomment que du bois mort en décomposition (ils sont dits « saproxylophages »). D’autres animaux vont alors pouvoir se nourrir de tous ces insectes comme les pics notamment.
Vous pouvez donc directement laisser du bois mort dans votre jardin, en laissant çà et là quelques fagots ou tas de branches, ou bien laisser une souche morte. Si un arbre meurt et qu’il ne pose pas de problème de sécurité, vous pouvez également le conserver tel quel. Préservez les plantes ligneuses, mortes ou déperissantes est essentiel dans la nature pour les mousses, les champignons, les insectes, les oiseaux...

L'oedémère noble (Oedemera nobilis) est un magnifique coléoptère qui se nourrit de fleurs, les larves sont xylophages © Nicolas Macaire LPO
L’oedémère noble (Oedemera nobilis) est un magnifique coléoptère qui se nourrit de fleurs, les larves sont xylophages © Nicolas Macaire LPO

Le Lierre : une ressource alimentaire extraordinaire

En plus d’offrir le « gîte » grâce à son feuillage persistant dense, le lierre possède deux autres vertus : une floraison à une époque tardive de l’année (septembre-octobre) où les sources de pollen et de nectar se font rares ; et des fruits en hiver et jusqu’au mois de mars prisés, entre autres, des merles et des fauvettes à tête noire.
Conservez alors le lierre qui pousse naturellement sur votre terrain !

Le lierre (Hedera helix) fructifie en hiver et permet aux oiseaux de se nourrir durant la mauvaise saion © Pixabay
Le lierre (Hedera helix) fructifie en hiver et permet aux oiseaux de se nourrir durant la mauvaise saion © Pixabay

Plantez des arbres fruitiers, à baies ou à graines aux essences locales

Si la superficie de votre terrain le permet, vous pouvez planter des arbres, toujours en privilégiant des essences locales à fruits, baies ou graines comme par exemple : les poiriers, pommiers, figuiers, églantiers, aubépines, fusains d’Europe, cornouillers sanguins, sorbiers des oiseleurs, sureaux noirs, noyers, noisetiers… Il existe des essences indigènes spécifiques à chaque territoire (par exemple le pistachier lentisque associé à l’olivier sauvage en zone méditerranéenne). C’est pourquoi il est intéressant de prospecter les pépinières "végétal local" qui pourront vous renseigner sur les végétaux (arbres et arbustes indigènes) les mieux adaptés à votre type de sol et au micro-climat du lieu où ils seront plantés.

Retrouvez ici la liste des végétaux nourriciers

Aidez les oiseaux pendant la période hivernale

Apporter de la nourriture aux oiseaux pendant l’hiver est un geste facile mais qui reste facultatif et vient seulement en complément des plantations autochtones décrites ci-dessus (laisser pousser des fleurs sauvages, planter arbustes et arbres indigènes, laisser du bois mort, etc.). En effet, l’apport de nourriture en aucun cas ne suffit pour subvenir aux ressources alimentaires nécessaires aux oiseaux et permet juste de les aider pendant des périodes de froid prolongé, notamment durant les épisodes prolongés de neige et de gel qui rendent la nourriture inaccessible. Ces derniers doivent compenser d’importantes pertes énergétiques en période de froid pour maintenir une température corporelle aux alentours de 41-42°C. Les oiseaux recherchent ainsi de préférence les ressources alimentaires riches en lipides.
La LPO conseille de poser des mangeoires en hiver (de mi-novembre à fin mars seulement) qui aideront les oiseaux spécialement pendant les épisodes de gel et de neige. Attention ! Ne jamais disposer la nourriture au sol qui favoriserait une dégradation rapide des aliments, la propagation des maladies aviaires (salmonellose) et qui attire les rats, eux-aussi vecteurs de maladies. Lorsque vous débutez le nourrissage hivernal, il ne faut pas le stopper brutalement au risque de mettre en danger les oiseaux. Veillez également à nettoyer régulièrement vos mangeoires avec un solvant doux (savon de Marseille) une fois tout les 10-15 jours environ. Vous pouvez également disposer des pains de graisse (sans huile de palme), des cacahuètes non salées, non grillées, du maïs concassé et des mélanges de graines adaptés (bannir les mélanges dits "oiseaux du ciel" des grandes surfaces contenant pois cassé, lentilles, soja). Mais La graine de tournesol noire reste l’aliment le plus prisé des oiseaux, car très riche en lipides.

Fiche médiation pour apporter de la nourriture aux oiseaux

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Les aliments à proscrire sont les suivants : restes de repas incluant le pain, les biscottes, les gâteaux, la viande et le poisson, le fromage, le lait… Ces aliments ne sont pas adaptés à leur régime alimentaire et peuvent provoquer des maladies. Par exemple, le pain provoque une malformation osseuse chez les canards appelés « ailes d’ange ». Enfin, pas de nourriture sans eau ! L’eau est indispensable été comme hiver pour la petite faune des jardins. N’hésitez pas à récupérer l’eau de pluie pour la faune !

Pour conclure...

La nature est une mécanique complexe et il ne suffit malheureusement pas de poser une mangeoire au jardin pour sauver les espèces. Le plus important est de préserver les petits habitats dont elles dépendent : tas de bois, friches, mares, vergers, arbres morts... et plus les petits habitats sont nombreux, plus les espèces qui se montreront à vous seront diversifiées. Il est important de préserver les essences d’arbres et arbustes indigènes du Refuge, tout comme les couverts herbeux et les haies champêtres : eux aussi sont à la base des chaînes alimentaires. Il ne vous reste plus qu’à disposer d’une paire de jumelles sous la main pour admirer le spectacle.


[1Une chaîne alimentaire (ou chaîne trophique) est constituée de producteurs primaires à sa base puis de différents types de « consommateurs » : les consommateurs primaires, herbivores, qui consomment uniquement des végétaux terrestres ou aquatiques ; et ensuite les carnivores, consommateurs secondaires et tertiaires. En haut de la chaîne on trouve les grands prédateurs (loup, ours, …).