Je cohabite avec la faune et la flore sauvages du bâti

Hirondelle de fenêtre au nid © Nicolas Macaire LPO
Nos habitations accueillent des animaux sauvages, plus ou moins communs, dont certains sont étroitement liés à l’Homme. Elles sont aussi le lieu où pousse une flore sauvage diversifiée : fougères, plantes rupestres à fleurs, lichens... En préservant les anfractuosités, les fissures, les petites niches et autres ouvertures nous permettons à une multitude d’espèces de s’installer, de s’abriter, se reproduire ou même hiberner. Les façades, les combles, les toitures, les corniches, la charpente,… sont le refuge de nombreuses espèces protégées comme les hirondelles, les martinets noirs ou l’effraie des clochers. Nous vous expliquons ici comment la faune et la flore sauvages habitent elles aussi le bâti tant qu’il est adapté à leurs modes de vie et à leur biologie. Nous vous donnons les clefs pour faire en sorte que votre bâti soit accueillant pour la nature et ainsi mieux cohabiter avec la biodiversité qui nous entoure.

Quels animaux habitent le bâti ?

Ils sont discrets mais pourtant assez nombreux ! Il s’agit prioritairement d’espèces cavicoles [1], utilisant les niches et les anfractuosités des façades comme abri ou lieu de reproduction, mais aussi les toitures, les ruines, ... On trouve le lézard des murailles, les rainettes vertes et méridionales, le triton marbré, le crapaud commun qui en font des lieux de repos et parfois d’hibernation. Les micromammifères que sont les mulots, les musaraignes et les souris utilisent les caches au pied des murs. Les insectes comme le célèbre pyrrhocore ou « gendarme » aiment se chauffer agglutinés au début du printemps sur les vieux murs alors que les abeilles sauvages comme l’osmie rousse viennent déposer une larve dans les petits trous des boiseries extérieures (colombage, voliges des maisons traditionnelles,…). Les araignées ne sont pas en reste et occupent les recoins sombres et tranquilles : les pholcus très fragiles se postent près des entrées de caves, et les minuscules araignées sauteuses (appelées saltiques), s’activent sur les murets surchauffés. Différentes espèces d’oiseaux utilisent les trous de boulins [2] ou autres niches pour l’installation de leurs nids : rougequeue noir, moineau domestique, moineau friquet, gobemouche gris, bergeronnette grise et des ruisseaux, choucas des tours, tourterelle turque mais aussi le faucon crécerelle et plus localement le faucon pèlerin sur les grands édifices (cathédrales). L’hirondelle de fenêtre construit quant à elle des nids de boue arrondie (en forme de demi-sphère) en colonie sous les avant toits alors que le martinet noir utilise les niches situées en hauteur, bien souvent sous les toitures en tuiles.

Choucas des tours (Coloeus monedula) © Christian Aussaguel
Choucas des tours (Coloeus monedula) © Christian Aussaguel

Les combles et les greniers sont le domaine des chauves-souris, de l’effraie des clochers, de la fouine, du lérot. Les pièces ouvertes des granges, des étables, sont le domaine de l’hirondelle rustique. La rustique s’installe surtout où il y a la présence d’animaux (vaches, chevaux) qui chauffent naturellement leurs couvées. Mais cette espèce souffre d’un autre problème, celui de la fermeture des pièces (une simple lucarne sur une porte de garage de 20x30 cm permet le passage de l’hirondelle rustique !).

Moineaux domestiques, hirondelles et martinets sont par ailleurs des espèces typiquement anthropophiles [3], qui, avant d’investir nos bâtiments, utilisaient les creux naturels des falaises et les surplombs pour nidifier durant la préhistoire.

Le saviez-vous ?

  • La population de martinet noir Apus apus est en déclin en France : -35% depuis 2001.
  • L’hirondelle de fenêtre Delichon urbicum a décliné de - 39% depuis 1989 en France.
  • L’hirondelle rustique Hirundo rustica a décliné de – 42% depuis 1989 en France (source : STOC eps, LPO-MNHN)

Comment créer les conditions propices à l’installation de la faune sur le bâti et comment poser ou incorporer des gîtes au bâti ?

Aider les hirondelles à s’installer
Le nid d’hirondelle a la forme d’une coupe constituée d’un mélange de boue, de brins de paille (chez l’hirondelle rustique uniquement), d’herbe ou de laine collés avec la salive des oiseaux. Les structures lisses (crépis lisse, poutre métallique…) posent des problèmes aux oiseaux qui n’arrivent pas à fixer le nid ou, pire, celui-ci se détache alors qu’il est occupé par des jeunes hirondelles. Pour que les oiseaux nidifient en toute sécurité, il faut donc une bonne adhérence du nid sur le support et notamment un crépis rugueux. L’autre paramètre est que l’hirondelle doit disposer de boue. C’est pourquoi la présence d’une petite mare de jardin aux bordures exondées boueuses est très utile. Si vous ne disposez pas de mare, un petit bac à boue peut être mis à leur disposition au sol (dans une cour par exemple).

Bac à boue destiné aux hirondelles pour la construction de leurs nids © LPO Limousin
Bac à boue destiné aux hirondelles pour la construction de leurs nids © LPO Limousin
Réaliser un bac à boue : Les matériaux convenant aux hirondelles et pouvant être disposés dans le bac à boue se composent de : 60% de marne (tuffeau) + 10% de calcaire (en vente en jardinerie) + 20% de terre glaise (provenant de chantiers) + 10% de fibres végétales (foin haché). Ajouter de l’eau pour faire une bouillie.

Aider les moineaux et les martinets à s’installer
Si le bâti n’offre pas de cavité, il est possible de poser des nichoirs coloniaux pour les moineaux domestiques et friquets et aussi pour le martinet noir. Ces nichoirs, posés les uns contre les autres (contrairement aux autres passereaux) sont à installer de préférence sous les avancées de toiture, de cette façon ils sont protégés des intempéries. L’orientation optimale du trou d’envol étant l’est ou le sud-est. Evitez de disposer les nichoirs face aux vents dominants d’ouest ou au nord qui multiplie les risques de mortalité par refroidissement ou d’inondation des couvées.

Nichoirs disposés en colonie pour le moineau domestique sur la Station LPO de l'Ile Grande © Gilles Bentz
Nichoirs disposés en colonie pour le moineau domestique sur la Station LPO de l’Ile Grande © Gilles Bentz

Aider les autres passereaux cavicoles
Il existe des nichoirs semi-ouverts pour rougequeues noirs, bergeronnettes et gobemouches gris qui peuvent se poser sur les façades entre 2 et 5 mètres de hauteur (toujours orientés à l’est ou sud-est), mais si vous faites construire ou rénovez, l’idée est d’incorporer dans les murs les nichoirs et les gîtes pour une meilleure intégration visuelle. Seul un petit accès sera alors visible à la fin des travaux, sous forme d’un petit trou d’envol.

Cavités pour les oiseaux incorporées au bâti © Pixabay
Cavités pour les oiseaux incorporées au bâti © Pixabay

Il existe des nichoirs et des gîtes spéciaux style briques ou parpaings spécialement conçus qui peuvent être incorporés lors de la construction !

Aider les insectes et les autres animaux
Vous pouvez également disposer sur le même principe des nichoirs, des gîtes à tiges creuses pour abeilles sauvages solitaires sur les façades, ou bien même une pierre percée disposée (entre 1,5 à 3 m) mais toujours orientée plein sud au soleil (jamais au nord). Et il en existe pour les chauves-souris également : les pipistrelles aiment particulièrement se reposer durant la journée cachées dans un gîte de façade en plein soleil.

Pierre percée de trous pour les insectes © Nicolas Macaire LPO
Pierre percée de trous pour les insectes © Nicolas Macaire LPO

Des cavités créées au niveau du sol (5 x 5 cm), toutes orientations possibles y compris au nord, seront utiles aux amphibiens (grenouilles, crapauds communs, tritons), aux petits mammifères et aussi aux reptiles (lézards des murailles, couleuvres).
Les combles des bâtiments disposant d’une ouverture (lucarne) sont parfois investis par l’effraie des clochers : vous pouvez lui poser un nichoir adapté (nichoir effraie disponible en ligne sur la boutique LPO).

Des solutions pour rendre le bâti accueillant et contrer les dangers rencontrés sur certains bâtis par la petite faune

Les dangers concernent différentes parties du bâti :
Surfaces lisses des façades et poutres métalliques :
Les structures modernes constituées de façades aux crépis lisses et de poutres métalliques, posent aujourd’hui des problèmes comme nous l’avons vu pour la fixation des nids d’hirondelles notamment. Ces oiseaux utilisent en effet la rugosité des revêtements (pierres, supports, crépis rugueux) pour que les nids de boue soient bien accrochés et ne se détachent pas au moment de la nidification. Or aujourd’hui, de nombreux bâtiments ne présentent que des surfaces lisses inadaptées. Si vous rénovez un crépi, pensez à en faire un avec une surface grossière, très granuleuse et non lisse, plutôt du type crépi projeté ou gratté.
De même, pour la restauration de bâti ancien, il est utile de préserver les niches d’antan, les pierres apparentes, les corniches et de pouvoir réutiliser les matériaux traditionnels comme la chaux, le pisé, … qui permettaient autrefois aux espèces sauvages de cohabiter avec l’Homme.
Lors de travaux de rénovation énergétique, l’isolant peut obstruer des cavités présentes dans les murs. Pour pallier la perte d’habitat du bâti, il est possible d’intégrer des nichoirs dans l’isolation extérieure. Des tuyaux d’accès aux cavités peuvent également être installés pour les mésanges notamment, qui sont des oiseaux cavicoles. Pour le revêtement, le bardage et l’isolant, l’utilisation de matériaux écologiques est à privilégier.

Baies vitrées et surfaces réfléchissantes :
Les surfaces vitrées constituent un grand danger pour les oiseaux en vol, notamment celles des grands édifices (immeuble, gratte-ciel) mais également les baies vitrées des habitations : en effet, les oiseaux ne reconnaissent pas l’obstacle mais voient uniquement le paysage qui se reflète dans la vitre. Ainsi, ils volent en direction du reflet du paysage environnant et percutent le verre. Bien souvent ils meurent sur le coup assommés ou en se brisant les cervicales. Pour remédier à ce danger de grande ampleur en ville et à la campagne, il est possible de trouver des solutions pour matérialiser les vitres : pose de rideaux, stores, silhouettes anti-collision…. La LPO propose d’ailleurs des silhouettes anti-collision sur sa boutique en ligne.

Silhouette anti-collision © Gilles Bentz
Silhouette anti-collision © Gilles Bentz

Conduits de cheminées, d’aération, de poêles,… :
Les conduits métalliques des poêles et des cheminées procurent eux-aussi des pièges mortels : les oiseaux cavicoles s’y laissent tomber pour explorer la cavité mais sont dans l’incapacité de remonter à cause du conduit aux parois glissantes et ne peuvent entrouvrir les ailes dans cet espace étroit pour s’envoler. Les oiseaux tombés dans les cheminées comme les jeunes chouettes peuvent être pris délicatement avec des gants et mis sur un endroit en hauteur à l’extérieur comme une branche ou un dessus de mur. Les parents continuent de nourrir les jeunes, même au sol ! Si l’oiseau est blessé, il peut être acheminé dans un centre de soin pour faune sauvage.

La flore sauvage du bâti, essentielle aux écosystèmes

La flore n’est pas en reste, et le nombre d’espèces de plantes peuplant les vieilles pierres est tout aussi important et supérieur à la faune. Ainsi, de nombreuses espèces végétales sauvages et rupestres poussent sur les vieux murs [4]. Cette flore est variée et concerne notamment les lichens (du genre Xanthoria sp. notamment) sur les murs, les toitures, les mousses (Bryophytes), des petites fougères comme les capillaires ou les scolopendres (genre Asplenium sp.) dans les endroits humides ombragés. Les milieux ombragés sont utiles aux espèces végétales sciaphiles (plantes qui poussent à l’ombre). D’autres plantes à fleurs nécessitent par contre le plein ensoleillement : linaire cymbalaire, saxifrages, sedums, joubarbes.

Linaire cymbalaire (Cymbalaria muralis) sur un vieux mur © Nicolas Macaire LPO
Linaire cymbalaire (Cymbalaria muralis) sur un vieux mur © Nicolas Macaire LPO

Pour protéger et conserver ces plantes, les fissures sont également utiles. Un vieux mur est souvent embelli par ses nombreuses fleurs sauvages. Préservons-les ! Il est même possible de favoriser la présence de grimpantes (clématite, lierre, houblon, …), des espèces hautement attractives pour les insectes, en disposant des filins ou bien une armature (treille par exemple) sur les façades lisses.
Si vous optez pour une toiture végétalisée, pensez local et choisissez des espèces adaptées aux rudes conditions climatiques (vent, soleil, intempéries) telles que les sedums, le trèfle ou les poacées (graminées). Les toitures végétalisés sont plus favorables à la biodiversité lorsque l’épaisseur du substrat est supérieure à 10 cm et que les espèces végétales spontanées peuvent s’y installer. Il s’agit des plantes pionnières, les premières qui grâce au vent ou grâce aux oiseaux pourront pousser : poacées (graminées), coquelicots,… La toiture végétalisée peut aussi comporter des micro-habitats tels que branchages, des pierrailles, ou même des petites mares convenant aux plantes aquatiques.

Pour conclure

Il existe donc une multitude d’espèces de faune et de flore sauvages qui habitent elles aussi le bâti. Nous avons mis en lumière quelques espèces telles que les hirondelles et les martinets, qui ont besoin que nous apprenions à cohabiter..

Plus d’infos : Guide bâti et biodiversité téléchargeable


[1Cavicole : espèce qui se reproduit dans les cavités (arbres, bâtiments,…), à ne pas confondre avec espèce cavernicole = espèce associée aux caves et cavernes.

[2Trou de boulin : correspond aux niches créées anciennement par les échafaudages en bois pour la construction des maisons anciennes en pierres.

[3Anthropophile : espèce étroitement liée aux structures (bâtiments) de l’Homme.

[4Les plantes poussant sur les vieux murs sont appelées saxicoles.